Weyerbacher (Easton PA)

weyer5Avant même d’y arriver, par ses recettes Weyerbacher semble certes une des plus solides des microbrasseries – si le terme microbrasserie peut tenir dans son cas – du nord-est américain.  Certes pas dans la légèreté, on pénètre dans ce local industriel avec de fermes attentes, et presque qu’un peu d’appréhension.

weyer6Certes industriel, le bar séparant le salon de dégustation des opérations de la brasserie est assez anodin mais rafraîchissant; ce n’est pas parce qu’on fait beaucoup de volume qu’il faut perdre de la proximité (on est d’ailleurs assis à 3 mètres de piles de caisses).  Au niveau de ces opérations justement, beaucoup de personnel féminin, à tout le moins plus qu’à l’habituel pour un milieu plus habitué aux barbes.  Est-ce que cela veut dire des bières plus douces qu’à la normale?  Certainement pas!  Titrant en moyenne au nord des 10% il faudra certes être sage ou avoir un bon conducteur désigné.

Parlons de cette carte justement.  Très belge mais funky, on passe de la stout dorée à la grisette à la sour à l’IPA.  De tout pour tous.  Les palettes sont faites à la demande et les verres abondants de liquide, ce qui demande encore une fois de la prudence.  On se laisse donc porter au fil de la musique blues dans les haut-parleurs, en se disant qu’on y viendrait bien pendant un beer fest.  Avec un conducteur désigné.

Le verdict?  Facilement le genre à faire un détour d’une centaine de kilomètres, sinon plus.  Personnellement dans mon top 10 microbrasseries américaines d’ailleurs.  Mais le mot de la fin revient à ce panneau de la microbrasserie : Big Bold Beer.  You damn right.

Weyerbacher Merry Monks Belgian-Style Tripel 9.3%

weyermmLa cote OO : A-

Parce que si joyeux on ne l’était pas, on va le devenir volontiers avec cette dernière.  Avant même les excès.

Pas besoin des moines heureux sur la bouteille, suffit des narines pour comprendre qu’il s’agit d’une blonde de style abbaye – avec tout le sucre candi qu’elle peut apporter – qui nous attend.  Orge mielleux et pain au levain en prime.  On poursuit ensuite dans le sucré, avec du miel de trèfle d’un côté et de la marmelade d’orange de l’autre, dans une belle chaleur et un liquide assez souple.  La finale est encore meilleure, avec de la fleur, un peu de l’épice msucadée du froment, le tout coiffé d’une tête d’aftertaste profondément intense.  Une bière wow.

Une belge d’amérique à essayer.  Avec Ommegang et Weyerbacher, les états de New York et de Pennsylvanie n’ont rien à envier de l’Europe.

Weyerbacher (Easton PA) Rico Guave Sour Ale brewed with Guava & Pineapple purees 9%

weyerrsParce que même dans une sour il faut que Weyerbacher la titre à 9%.

La cote OO : C+

Parce que le style de la maison n’est peut-être pas celui qui colle le plus avec les sours.  Quand on est habitué à de la haute qualité, la moyenne est une déception.

Puisque Weyerbacher ne fait pas dans la légèreté, on peut se douter un peu que l’exercice sera intense.  Le nez crie d’ailleurs « jus de fruits » et on semble assez loin de la bière merci.  Le goût est par contre assez houblonnée et goûte presque l’écorce d’ananas, même si les goûts ne sont pas très variés.  La gorgée suivante confirme le houblonnage qui contrebalance bien les deux purées,  et la finale est peut-être trop loin d’une bière sûre (certainement de la berliner weisse) pour être vraiment aimée par le puriste.

Une bière davantage intéressante au niveau du concept que de la réalisation.

Weyerbacher Joyeux Monks (citrus peel white oak) 9%

weyer1La cote OO : B-

Parce que même le mathcore a ses bons moments.

Fruitée, s’il s’agit de la même recette que la Merry Monks on sent vraiment l’impact des levures différents, spécialement avec son goût de petites fraises des champs.  Les fraises continuent sur les papilles mais peu de développement jusqu’à ce qu’on l’avale, où alors c’est assez bizarre, comme si l’on dansait sur plusieurs levures à la fois.  La finale est plus régulière mais le côté belge est un peu perdu dans le tout.  Ne vous méprenez pas, j’aime, et pour une raison que je ne m’explique pas elle me fait penser à la Saison d’Allagash, mais dans l’esprit tout éclaté que Weyerbacher est dans les meilleurs à pouvoir l’offrir.

Weyerbacher (Easton PA) Quad 11.8%

weyer3Quand une quad est presque la plus soft d’un flight…

La cote OO : B

Parce que si ça peut exister, c’est ce que l’on retrouvera le plus près de la « quad légère ».

Entre l’étable beauceronne et la campagne belge se trouve cette quad.  Le pain mais surtout le grain se poursuit en bouche dans une légèreté étrangère au style quad.  La finale est toute d’orge… sucre d’roge avec le houblon qui arrive en sortie, avant l’aftertaste où une fois de plus il y a un bel élan de grain.  Différente du début à la fin, une bière frivolement tranquille, ou tranquillement frivole..

Weyerbacher (collab The Black Dahlia Murder) Warborn Rye Pale Ale 5%

weyerbdmUne des très rare bière à faire en deça du 5.5% d’alcool, serait-elle trop faible même si elle est associée au métal lourd du Black Dahlia Murder?

La cote OO : B-

Parce qu’à l’instar du groupe de musique, il ne faut pas s’attendre à une pale ale normale de la part de Weyerbacher.  Ni même d’une Rye Pale Ale normale.

S’attendant à des bières très belges et lourdes de Weyerbacher, on est à demi-surpris d’y renifler une pale ale juste assez amère (en aiguilles de pin) mais tout de même lourde de seigle épicé au poivre noir et d’un fond intéressant de confiture de citrouille.  On reste sur le potiron en bouche où ça prend une tournure plus fruité que le seigle pouvait le laisser deviner, malgré que le poivre se veut aussi asséchant sur le bout de la langue.  Avalée, elle deviendra plus régulière, donnant des notes de pale ale anglaise presque normale avant de retourner à l’orge sec, qui semble à la fois être exacerbé et abasourdi par le chêne du baril neuf dans lequel elle a reposé.

Weyerbacher (Easton PA) Finally Legal 13.5%

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À plus de 13% d’alcool, à quel point elle sera légale pour le foie?

La cote OO : B-

Parce que toutes les expériences scientifiques valent la peine d’être tentées, mais pas nécessairement plusieurs fois.

Assez neutre, comme si tous ses éléments (munich malt, smoked malts, cocoa nibs, cocoa powder and vanilla) s’annulaient l’un et l’autre; par exemple pas vraiment de fumée ni de cacao.  C’est donc de l’orge en général qu’on boit avec un brin d’attente de mystère.  Très lourde en bouche – il faut se rappeler le 13.5% d’alcool – le caramel abonde tout comme le chocolat arrondi par la vanille qui se développe et fait de belels vagues.  Parlant de vagues, c’est un raz-de-marée en finale où la vanille caresse le bout de la langue, tandis que l’arrière est occupée par du raisin et du bacon.  Que penser d’une telle bière alors?

Peut-être pas la meilleure de la gamme, mais forte dans tous les sens du terme.  On aurait peut-être dû se concentrer davantage sur l’un ou l’autre de ses constituants.

Weyerbacher (Easton PA) Sunday Mole Stout 11.9%

weyer2À quoi une bière mexicaine devrait ressembler plutôt que les insipides Corona et Sol de ce monde?

La cote OO : A

Parce que Faith no More n’avait pas toujours raison en proclamant « easy like a Sunday morning » mais que des fois, la complexité est relaxante aussi.

Très puissante même pour une stout, une fois de plus on est dans l’orge pas trop torréfiée et bien accompagnée par les copeaux de cacao.  Chaude sur la langue, avec son brin de café fumé c’est mon genre de bière : étrange et énigmatique, un peu difficile à analyser.  Orge au max pour la finale encore plus fumée; sans faire anglais ni belge, cette stout est l’une des grandes produites en Amérique du Nord, ne serait que pour son grand éventail de saveurs.

Une grande édition d’une grande brasserie.

Weyerbacher (Easton PA) Insanity Ale Aged in Oak Barrels (Barleywine) 13.3%

weyer4Si un fou devient fou, est-ce que la folie s’annule?

La cote OO : A- 

Parce que c’est probablement le plus proche qu’on peut s’approcher de la distillerie de bourbon sent que ça ne goûte ou sente le bourbon.  Une bière qui reste bière.

Après la Blithering Idiot, cette version vieillie paraît tranquille.  Sage même.  Mais même à l’ofactive on se doute que sous de dates vanillées et de pruneaux confits se tapie une folie d’orge.  Sans être fou, ce grain est pesant et amène de la mélasse un brin amer à l’exercice.  Les noix viennent se joindre en finale, tanguant du côté de la nut brown ale sur les stéroïdes l’espace d’un instant, avant de se replier sur un aftertaste franchement réussi où l’on revisite tous les ingrédients précédemment détectés.

Une des plus saines de Weyerbacher.  La folie est saine parfois.

Weyerbacher (Easton PA) Blithering Idiot (Barleywine) 11.1%

weyer3La cote OO : B+

Parce que le talent de descendance allemande n’est pas à réfuter mais à embrasser.

Peu d’odeur pour cet idiot, outre que le fruit noir et le malt qui ne se détecte qu’après une très longue respiration.  Gustativement, elle se veut plus affirmée, très syrupeuse et chaude, dans le style vin d’orge pour les soirées toutes sauf légères.  Toujours chaude et fruitée de prune bleue, on sent que c’est une recette des plus peaufinées, mais qu’on s’est aussi armé de patience pour arriver à une recette où le grain est discret, subtil mais important. Très important.

Un barleywine allemand quoi.