Esprit de Clocher Surnaturelle brassin Juin 2019

ec_juin2019La bonne vieille Surnaturelle… aucun plaisir ici, ce n’est que sûrement une question de professionnalisme d’explorateur brassicole…

La cote OO : A

Parce que l’été débute avec la visite des extra-terrestres mais elle ne finira pas avant qu’il ne laisse leur trace dans les champs de blé.

Toujours aussi parfumée que par le passé, s’il y a une chose à remarquer dans cette bière et particulièrement dans cette édition, c’est la pureté des ingrédients, et combien à quel point il n’existe pas seulement que les houblons pour apporter la bière aux tropiques.  Évidemment, c’est à grosse gorgée qu’il convient de l’attaquer pour cette fois-ci sentir un peu plus l’impact des lactobacilles à la recette.  Et puis à l’intérieur?  Rafraîchissante.  Satisfaisante.  Comme quoi la légèreté peut faire bon ménage avec le bon sens de l’expression.

Le constat : s’il y a une bière sûre au Québec qui ne mérite pas d’être sous-estimée, c’est sûrement la Surnaturelle, dans sa plus simple et réduite expression.

Les apparitions surnaturelles

Juillet 2016 et Juillet 2018.  Au niveau des températures moyennes, il n’y a pas photo, mais qu’en est-il pour le vieillissement peu commun de la Surnaturelle de l’Esprit de Clocher?  D’accord, la berliner weisse n’est certes pas le premier – ou le deuxième ou dixième – style qu’on penserait à faire vieillir.  Mais ludique le jeu en reste et voyons si au fil des années celle-ci aurait réagi de quelconque façon au temps passé en cellier.

visiteursOn commence donc par l’édition 2018, certes connue et reconnue.  Même petite pomme aigre et même blé arrondi par des levures pas toutes à fait typique.  La bouche est sèche et pimpante, et la finale toute aussi confortable que par le passé.  Un bon verre facile, rafraîchissant et léger.  On se rappelle pourquoi elle figure aisément dans le top 3 de bières sûres de la région de Québec.

Puis on se tourne vers son aînée de 2 ans, définitivement plus foncée.  Dès le nez, peut-être à la grande surprise, l’acidité est beaucoup moins présente et on se retrouve avec une berliner beaucoup plus douce, comme si la pomme avait laissé de sa place à la cannelle et la vanille.  La bouche est toutefois plus ferme, et la pomme est encore plus présente que dans la benjamine.  Côté finale, on sent que le restant de levures a pris un drôle de tournant aussi, qui sans être rébarbatif est moins invitant.  Spécialement lorsque l’on revient à l’édition la plus fraîche, on voit le manque de balance au niveau du rendu de la bière vieillie.  Est-ce que celle-ci en devient indigeste?  Pas du tout, car elle me rappelle par moment davantage la Russet Rebelle de la Brasserie Générale que la Surnaturelle.

Comme à chaque fois donc, est-ce que l’expérience en vaut la peine?  Non.  À la hauteur d’un « B » versus un « A » pour la version non vieillie, vraiment pas.  Au niveau du nez peut-être mais certainement pas pour la finale.  On ne peut donc que classer ce jeu de comparaison dans la catégorie « le savoir c’est le pouvoir » en se disant que le maximum que l’on devrait la laisser dans le cellier, c’est le temps entre les nouvelles batches.

Esprit de Clocher La Surnaturelle à l’Argousier 3.8%

ecsaA-  Il y a peut-être eu de meilleures séries avant ou après Star Trek : The Next Generation.  Par contre pour moi c’est Picard le meilleur.

Un peu de récapitulation est de mise pour cette bière.  En version normale, il s’agit de l’une de mes bières favorites : bonne en n’importe quelle occasion, faible en alcool, pas très dans la norme mais très bien campée dans son style, elle en donne beaucoup, spécialement au niveau de ses levures qui viennent arrondir la bouche.  On y a cette fois ajouté de l’argousier, une baie très comportementale qui semble réussir tout aussi bien qu’échouer à la bière.  C’est donc avec une curiosité toute aussi grande que de l’appréhension que j’affronte cette bière.

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L’utilisation de la police de caractère de Star Trek est judicieuse: la berliner à l’argousier est une place où peut-être personne n’est jamais allé.

D’emblée, ce qui surprend c’est sa couleur, quasi indiscernable de sa sœur sans fruit.  Côté olfactif, c’est semblable avec le blé sûr et les levures vanillées; l’argousier (ou du moins une baie indéterminée) y est, mais de manière douce et plutôt sucrée.  Puis la bouche.  Puis la bouche : très bonne gazéification certes pour amorcer la sensation en bouche, où le fruit déferle de manière presque salée; les extra-terrestres n’y ont pas été de main (à 4 doigts) morte.  En dernière vague d’attaque, c’est un combat entre les levures qui veulent arrondir la bière et l’argousier qui semblent vouloir l’assécher.  La conclusion est toutefois une trève où le fruit vient prendre du sucre au travers du calcaire un peu propre au style.

Déçu donc?  En absence de sa sœur sans fruit, je la prendrais comme bière passe-partout n’importe quel jour de l’année.  Toutefois, tel que je m’y attendais, c’est une variante appréciable d’un grand classique… mais car difficile d’oublier sa première Surnaturelle, ou de lui trouver une version supérieure.  Ceci dit, une bière à essayer autant pour le curieux de nature que l’amateur de Berliner Weisse.

2016 en revue

Ma petite revue pour l’année qui vient de se terminer…

Commençons par les fleurs.  Mes petites fleurs, en fait, mes petites préférées de 2016, dans un ordre aléatoire, affublé de commentaires sur certains aspects du marché purement non objectifs.

slkSchoune Lambic Kriek :  Ma nouvelle préférée après leur Spontanée qui serait l’une dont je vais le plus m’ennuyer (celle-ci étant remplacée par le P’tite Gueuze, vraiment pas mauvaise, plus constante mais moins extrême aussi).  On m’a aussi vanter la cassis de Schoune qui était bien, mais pas à la hauteur de cette kriek, facilement l’une des meilleures du genre.  Et ça fait du bien de voir que Schoune est passée d’une instutition douteuse (tel qu’entendu « ah moi la Schoune c’est pour leur spontanée, le reste c’est douteux ») à  une microbrasserie à surveiller.  Le rebranding de leurs bouteilles n’a certes pas nuit non plus.

bdjvBroadway Pub Don Juan Rhum + cognac : c’est fou ce qu’un pourcent de plus d’alcool et un vieillissement en fût de chêne peut faire à une bière, alors que l’édition régulière de la Don Juan m’avait laissé plus que neutre (avec une note de C+) ici on est en total terrain de succès, avec une profondeur vraiment difficile à égaler.  2016 a vu un nombre encore plus élevé de brasseries artisanales faire le saut au vieillissement en fût de chêne, souvent avec de très bons résultats.  Toutefois, j’ai toujours de la misère à justifier une bouteille à 8$, 10$ voire 20$ (spécialement celle de la Réserve du Picoleur à 375ml) alors que la Stout Impériale Russe de Frampton Brasse se détaille toujours à environ 4$ (heureusement celle de Broadway a un prix respectable).

ecsL’Esprit de Clocher La Surnaturelle Berliner Weisse :  MA bouteille tout aller, et en compagnie de la Nuit d’Automne de Frampton Brasse celle que j’ai le plus acheté en 2016.  Difficile d’ignorer la mode des bières sûres cette année, mais ici au lieu d’y aller dans la facilité et de la mélanger à des fruits, on a opté pour une levure particulière qui arrondit la bière sans pour autant la rendre ennuyante.  Un brassin sur ma liste de chasse dès qu’il revient l’an prochain (ça serait un crime de ne pas la refaire!), trippant autant pour le beer geek que pour les amateurs de petits drinks d’été.  L’Esprit de Clocher ne sont peut-être pas les plus volubiles en terme de nouvelles sorties, mais il est difficile de trouver des défauts aux potions qu’ils concoctent.

hbdh2015Hopfenstark Boson de Higgs 2015 :  Encore un brassin de malade pour une microbrasserie qui fait souvent bien mais jamais stellaire… outre son boson de Higgs.  Un mélange de berliner weisse, de rauchbier et de saison… c’est un hasard s’il s’agit de 3 de mes types de bière favoris?  Dommage – un autre crime – qu’elle soit si difficile à trouver.  Toutefois, ça paye parfois de sortir des sentiers battus; d’ailleurs, mention honorable ici à Oshlag avec ses bières de maïs bleu, on se demande où la folie va se terminer, mais sûrement l’une des micros à surveiller pour 2017.

alfevgA la Fût Vieille Gueuze Assemblage III 2011-2015 :  d’un côté des gueuzes, la Spontanée de Schoune, sèche et ô combien efficace.  De l’autre celle d’À la Fût, plus ronde et un peu plus variée.  Une bouteille sur laquelle on peut aussi se permettre d’attendre avant de déguster et pour laquelle la déception est presqu’impossible.  Seul défaut : son prix autour des 20$, mais avec une partie de la bière datant de 2011, ça explique en partie.  Avec celle-ci, leur Rouge de Mekinac maintenant en rotation plus régulière et leur Weizen sûre, À la Fût n’ont peut-être pas la reconnaissance qu’ils méritent.  Par exemple, Auval fait de bonnes bières, mais le hype les entourant devrait être tout aussi mérité pour les cowboys de St-Tite.

Mentions honorables.  Certes, Unibroue n’est pas la plus risqueuse mais avec Dave Mustaine et leur A Tout le Monde, ils ont sû prendre une belle tangente avec probablement l’une des meilleures collaborations musicien-brasserie.  Dans le sempiternelle combat Megadeath/Metallica, une saison hyper buvable est 100 fois meilleure qu’une pseudo-bière spéciale, de toutes les sortes peu originale possible une Budweiser.

Un beau salut à Beau’s aussi, qui continue de s’acharner à percer le marché du Québec.  À ce jour, je n’ai rien essayé qui m’a fait dépasser la note de B+ mais leurs efforts – redoublés par des lois ontariennes encore plus contraignantes qu’ici – vaut des applaudissements.

bcblhEnfin, comme j’ai trop de favorites sur un pied d’égalité au Québec cette année (Esprit de Clocher, À la Fût, Oshlag, et j’en oublie), je vais donner mon titre de microbrasserie hors Québec à Brothers Craft Distilling d’Harrissonburg en Virginie.  De la variété (ma première Sour Stout), de la solidité dans ses classiques (comme sa Helles) et de la retenue jusqu’à dans sa bière d’automne où l’on a sû se modérer sur la cannelle.  Et surtout ma première – et probablement la première au monde – « french toast ale ».  Qui goûte les french toasts mais avec une bonne dose de houblons pour bien équilibrer le tout.

Alors, on prend une pause de quelques jours, et on repars en force.  Les fermenteurs ne risquant pas de chômer en 2017, avec la nouveauté qui reste toujours un plaisir renouvelé, votre humble serviteur continue son exploration.

Esprit de Clocher Surnaturelle Berliner Weisse 3.8% IBU 15

ecs

Du génie extraterrestre.

A  Laissez aller les ptites IPA, pas besoin d’amertume boostée pour faire la meilleure bière de soif et d’été.

De son opacité et sa belle couleur, le blé n’est pas une surprise, tout comme l’aspect calcaire et citronnée qui donne apparence de mélange bière/thé glacé au citron à l’olfactive.  En fait, le fruit fait presque peur tellement il est fort, mais en bouche c’est une agréable amertume d’orange qui se joint au blé très présent.  En finale, on revient à la base de la Berliner Weisse de manière pas trop sucrée, un peu calcaire et avec un aftertaste un peu plus aqueux, où le ratio longueur/fraîcheur est difficile à mieux réussir.

Comme j’avais commencé à déceler dans leur Mauvais Sort, il y a du génie extraterrestre au niveau du traitement de l’eau dans cette bière, qui en demeure après tout l’ingrédient numéro un.  Avec en prime les félicitations de gens à qui j’ai fait goûté et qui ont horreur des IPAs trop fortes ou des bières noires trop lourdes, La Surnaturelle devient facilement la meilleure de cette microbrasserie.